10 juin 2006

Un grand patron le dit: l'heure est à la reprise... Albert Naku

Naku_Albert

Albert Naku est le ‘patron des patrons’ du Togo. Président élu du Conseil National du Patronat, il est l’initiateur, dans le cadre du « Forum Economique pour l’Afrique » de la journée « Investir au Togo », à laquelle participe une importante délégation ministérielle togolaise. Interview.

Comment avez-vous convaincu vos Ministres de participer à cette manifestation ?
- En Juin 2005, lors de la Conférence Internationale du Travail, organisée par le BIT, la possibilité d’organiser une journée en l’honneur du Togo, en vue d’y promouvoir l’investissement, a été discutée avec Bruno Venn, Président du CEEA. De retour au pays, les plus hautes autorités ont été sollicitées pour nous accompagner dans ce projet. Le Premier Ministre a approuvé, le Gouvernement a accepté de collaborer avec le Patronat pour sa réalisation. L’image du pays y est engagée, d’autant que le Patronat, en tant que moteur de l’économie, est un partenaire privilégié du Gouvernement. « Investir au Togo » est une opportunité pour les opérateurs économiques togolais de nouer des relations d’affaires avec leurs homologues européens et helvétiques.

A l’ère de la mondialisation, du village global, aucun opérateur économique ne peut évoluer en vase clos ? Quid de l’économie togolaise ?
- Elle évolue également dans cette dynamique en faisant partie d’entités comme l’UEMOA, la CEDEAO et l’UA. Le Togo a aussi signé des accords de partenariat avec plusieurs pays asiatiques, européens et aussi africains. Il fait également partie de l’OMC et en a ratifié les accords. Et nous organisons des rencontres d’affaires, des journées ‘portes ouvertes’ comme celle du Forum…

Quels sont les indices réjouissants d’une reprise économique durable au Togo ? Existe-t-il une volonté politique ?
- Le nouveau Gouvernement a entrepris des réformes institutionnelles censées permettre l’émergence et la consolidation d’un environnement propice pour la promotion du secteur privé et de l’investissement. Actuellement d’importants investissements sont faits dans le secteur des travaux publics pour la construction de nouvelles routes, la réfection de celles devenues vétustes. Dans les autres secteurs de l’économie (tourisme, énergie agriculture, mines), la plupart des programmes élaborés sont en phase de démarrage.

En matière de conditions cadre, quels points restent à parfaire pour rassurer ceux qui s’impliquent dans cette reprise, pour en séduire de nouveaux ?
- L’affermissement de la démocratie fait l’objet d’importants efforts. Actuellement les différents acteurs politiques sont en dialogue, dans le but de trouver des consensus sur le cadre électoral en vue d’aboutir à des élections transparentes, gage d’un climat de paix.

Votre message à transmettre aux pouvoirs économiques helvétiques ainsi qu’aux réticents de tous bords ?
Miss_Togo_Low- Aux sociétés helvétiques, à tout entrepreneur qui désire investir au Togo, je dis que notre pays dispose d’énormes potentialités : des ressources minières, une main d’œuvre qualifiée, abondante et moins chère (la population togolaise est très jeune, le niveau de scolarisation est le plus élevé dans la sous-région). La qualité de la formation professionnelle permet de disposer sur le marché de l’emploi, des qualifications professionnelles diverses qui constituent un facteur de développement… Je leur dis : approchez-vous des expatriés, des étrangers qui se sont installés sur le territoire togolais pour mener leurs activités, il y a plus de trente ans. Sont-ils arrivés aux résultats escomptés ? Les témoignages sont là, malgré la crise…

Votre Premier Ministre, SE Monsieur Edem Kodjo a relevé ‘la réactivité des entreprises togolaises, leur capacité à résister aux crises passagères’. Ces épreuves renforcent-elles votre foi en l’avenir ?
- Les entreprises togolaises ont souffert de la rupture de coopération avec la communauté internationale, qui a sevré l’économie des grands investissements. Aucune économie ne peut survivre sans eux, dans les secteurs comme la construction de routes, qui favorise l’émergence des PME/PMI. Comme le dit l’adage, « quand le bâtiment va tout va ». Dans une économie libérale, la promotion du secteur de l’habitat constitue un levier important. Lors de cette crise, les opérateurs économiques togolais ont démontré leur capacité managériale, en maintenant le cap jusqu’à la reprise des activités. Il faut prendre en compte que le nationalisme et le patriotisme ont pris le dessus. Je suis convaincu que lorsque l’UE va reprendre totalement sa coopération avec le Togo, l’expérience de la crise nous permettra d’aller au-delà de son attente.

Au nombre de vos atouts, il y le port, la fiabilité de votre réseau routier ?
- Le Port Autonome de Lomé dispose de quais en eau profonde. Pour cette raison, plusieurs opérateurs économiques de la sous-région y font transiter leurs marchandises. La position géographique du Togo est un véritable atout au développement, en étant un corridor pour les autres pays, surtout du Sahel. Le réseau routier est suffisamment dense et très praticable, facilitant l’accès aux autres pays de la sous-région.

D’autres atouts ?
- Le Togo est un pays essentiellement agricole et regorge d’énormes ressources naturelles pouvant favoriser le développement de ce secteur.
La filière « céréales, tubercules et féculents » : le maïs, le sorgho, le mil , le fonio, le riz paddy, le haricot, le manioc, l’igname , la patate douce, le taro, le voandzou ; la filière « fruits et légumes », avec aubergine, betterave carotte, chou, pomme de terre, gombo, haricot vert, laitue, piment, poivron, ananas, mangues, papayes, bananes, agrumes, noix de coco, avocat, corossol, anacarde, etc ; le coton ; le café et le cacao ;
la filière des oléagineux avec l’arachide, le palmiste et les produits de cueillette comme le Karité, le ricin ; les plantes aromatiques et ornementales ; il y a enfin l’élevage des volailles, de petits ruminants.

Quant aux ressources minières ?
- Les potentialités sont énormes: fer, chronique, manganèse, bauxite, phosphate, granite vert, granite rose, granite gris, calcaires, barytine, dolomie cristalline, argiles industrielles, sable à verre, or, platinoïdes, etc.

Côté tourisme, quelles perspectives ?
Plage_Togo_Low- Dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie, les rachats d’entreprises à privatiser, à réhabiliter ou à rénover ainsi que la création de nouvelles unités dans les zones prioritaires d’aménagement touristique sont d’intéressantes perspectives. Le tourisme est important dans l’économie togolaise : compagnies aériennes, agences de voyages, entreprises de location de voitures et artisanat se portent bien s’il existe un flux important de touristes. Les entreprises du secteur privé ont également leur programme de gestion de l’environnement. Il faut avoir un environnement sain afin d’attirer les touristes !

Concrètement, est-il difficile aujourd’hui pour un entrepreneur de s’implanter au Togo ?
- Aucune difficulté ! Pourquoi ? Parce qu’il n’existe plus de tracasseries administratives avec l’instauration du guichet unique qui est opérationnel depuis un bon moment.

Vous disposez d’une zone franche. Pour les nouveaux investisseurs, c’est plutôt séduisant ?
- C’est très favorable. Les opérateurs économiques étrangers peuvent s’installer en zone franche et être éxonérés de toutes taxes douanières et des impôts pendant une période de 10 ans, à condition que les 80% de leurs produits soient destinés à l’exportation. Le code national d’investissement accorde des avantages significatifs aux investisseurs étrangers. Il existe donc beaucoup de facilités au Togo.                                    
Quelle est l’importance de la femme dans le tissu économique africain, plus particulièrement togolais ?
- Elles sont présentes dans l’économie africaine : dans les secteurs notamment de l’agriculture, l’élevage, l’industrie manufacturière, le commerce, la restauration, l’artisanat (la poterie, la vannerie, le tissage, etc). En matière de commerce, les Togolaises ont la réputation d’être de grandes commerçantes. Les NANA-BENZ ont été longtemps considérées comme des modèles dans la sous-région ouest africaine.

Quel message adressez-vous, depuis Genève, à tous les Togolais disposant de compétences et de formations qui pourraient servir l’économie du Togo ?
- Je dirais à mes compatriotes, surtout à la diaspora, de dépasser les clivages politiques, de ne pas en tenir compte dans leur calcul économique et de penser au développement de notre pays. C’est leur patrie, personne d’autre ne viendra la construire à leur place.

Propos recueillis et retranscrits par
Joël A. Grandjean / Nemlin Ngwawé


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