13 mars 2007
L’heure suisse d’Eto’o : « DeLaCour », la Bichrono.

Le 19 décembre 2005, il est couronné lors du « Gala Fifa du Joueur Mondial » à Zurich. Puis, le 16 février 2006, à Abuja au Nigeria, il reçoit la plus haute distinction : « Footballeur de l’année ». Le Lion de Barcelone, le Camerounais Samuel Eto’o, transfuge d’un Real qui l’empêchait d’évoluer, est le meilleur marqueur du Barça, devant Ronaldinho ! A quelle heure vit-il ? Séduit par la marque suisse montante « DeLaCour », fondée par l’arménien madrilène Pierre Koukjian, émérite designer urbain qui fabrique ses montres en Suisse, il acquiert quelques modèles d’une collection caractérisée par sa taille XXL judicieusement obtenue grâce à la juxtaposition sur le même cadran de deux chronos. Cette affection horlogère n’échappe pas à la marque qui s’empresse de lui créer un modèle à ses couleurs, sobrement baptisée Eto’o : or rose, toute « endiamantée », des poussoirs aux contours de la lunette.
En automne prochain, c’est un modèle « à rattrapante », (l’aiguille des secondes se déplace le temps d’une trentaine d’unités avant de revenir à la case départ, pour redémarrer la comptabilité d’une autre trentaine), qui lui rendra un hommage encore plus appuyé : elle mettra en scène ladite aiguille transformée en jambe de footballeur, shootant dans un ballon. Une complication horlogère rare, tirée à 200 exemplaires numérotés, hommage au roi Oto’o. « DeLaCour » continue de squatter les poignets des grands de ce monde. Ses modèles séduisent particulièrement les élites disposant de moyens pouvant dépasser la centaine de milliers de francs suisses.
http://www.delacour.ch/
Diamants « sales » et Al-Quaida.
Diamants « sales » et Al-Quaida.
L’Histoire doit encore faire un effort.
Plus jamais ça ! La mémoire des souffrances récentes des peuples de Sierra Leone impose à l’Histoire de faire plus de lumière sur les filières corrompues du commerce illégal de diamants. Et si, grâce à Sorious Samura ou diCaprio, un sursaut de conscience traversait le consommateur. Max Havelaar a bien réussi avec les bananes !
Tandis que la communauté occidentale et ses opinions publiques confondaient copieusement la guerre civile en Sierra Leone avec un bête conflit ethnique, un de plus en Afrique pensaient-elles, tandis qu’elles s’arrangeaient lâchement avec l’Hitler africain Charles Taylor, des êtres humains se faisaient amputer, violer, massacrer, tout en écoutant à la radio, ô cynisme de l’information à l’ère du village global, les misères du Kosovo. Il est utile de rappeler que la Sierra Leone s’est dépeuplée de moitié durant ses neuf années de conflit, qu’elle compte une population de quarante mille mutilés, sans parler des traumatismes irréversibles de générations victimes de viols et de massacres.
Diamant sale, début d’une prise de conscience.
Certes la guerre en Sierra Leone s’est terminée et Charles Taylor, le Président pilleur du Liberia voisin sera prochainement jugé par un Tribunal pénal international. Sans « Cry Freetown », le reportage du journaliste sierra léonais Sorious Samura, de l’agence de presse Insight News Television, plusieurs fois primé depuis, la conscience internationale se serait-elle réveillée ? Sans l’article choc du révérend Jackson, paru dans le « Time » ?
Il y eut aussi plusieurs actions entreprises, notamment depuis Genève, par le collectif d’information « Alive In Freetown ? » créé par deux Sierra Léonais, Boris Sakia Stevens, Kanhyamma Dixon-File et le soussigné, journaliste suisse, né en Côte d’Ivoire. Leurs milliers d’emails envoyés tant aux rédactions des médias internationaux qu’aux personnalités de la Genève internationale et des réseaux sympathisants au sein de la diaspora sierra-léonaise, leurs interventions sur des plateaux de téléjournal ou sur les ondes de radio participèrent, à cet élan.
DiCaprio, parenthèse salvatrice.
L’arrivée sur les grands écrans de « Blood Diamonds », un blockbuster américain inspiré de ce sinistre épisode et boosté par la star DiCaprio, ouvre une parenthèse. Celle de comprendre, à l’heure où les timides accords de Kimberlay sur la traçabilité des diamants s’inspirent de louables intentions, quels furent les enjeux de ce conflit et surtout, la souffrance de tout un peuple. D’ailleurs, le drame des environ quarante mille amputés est quelque peu éclipsé par l’écho médiatique donné aux témoignages de bourreaux convertis, réintégrés dans les rangs de la bonne conscience internationale, grâce à des ONG occupées à trouver, au travers de l’itinéraire de ces « enfants soldats » devenus adultes, de légitimes occasion d’émouvoir les esprits. Au hit parade des causes du charity business, il n’y a pas photo ! Même le slameur émérite Abd’Al Malik y contribue inconsciemment par son talent et ses mots profondément justes dans son œuvre « Soldat de Plomb », pièce de son dernier album.
Révélations ! Blanchiment de l’argent d’Al Qaida.
Reste une question que l’histoire se doit un jour de trancher. L’affaire avait été révélée par la journaliste Eléonore Sulser, le 6 novembre 2001, suite à une vaste enquête lancée par le Washington Post. Bon d’accord, c’est tellement proche de la fatidique date du 11 septembre 2001, qu’il est possible, avec le recul, d’y voir une réaction supplémentaire d’un acharnement américain à faire d’Al Qaida son unique et caricatural ennemi mortel, fraîchement convaincu de résoudre ainsi l’ensemble de ses problèmes internationaux.
Selon les enquêteurs, Al-Qaida devrait une partie de sa fortune à ce méprisable commerce de diamants sales. Comment ? En convertissant via une valeur plus facile à manipuler, les gemmes sierra léonais, une partie de ses avoirs, parvenant ainsi à échapper au gel inéluctable de ses réseaux financiers. Ainsi, cette vaste opération de blanchiment d’argent terroriste aurait été possible grâce au Sénégalais Ibrahim Bah, artisan des contacts entre les rebelles brigands du sinistre RUF dirigé par Foday Sankoh, pantin sanguinaire d’un Charles Taylor principal commanditaire du pillage systématique des mines de Sierra Leone.
Ibrahim Bah les aurait donc mis en contact avec trois éminences d’Al-Qaida, Ahmed Abdullah, Ahmed Khalfan Ghailani et Fazul Abdullah Mohammed. Ensemble, ils auraient fait le voyage dans les territoires occupés par les rebelles, ouvrant la voie au transit d’un flot de diamants achetés par les intermédiaires de Ben Laden vers le Liberia et la Belgique. Des pierres certainement achetées au prix fort puisqu’un étrange phénomène de flambée du cours du diamant sierra léonais eut lieu à cette époque, laissant supposer qu’un gros acheteur, soucieux d’aller vite, en avait attiser la demande.
La révélation de liens entre le Sénégalais et le réseau Al-Qaida émane des services secrets américains. L’homme, d’après l’analyse de transcriptions de conversations téléphoniques détournées, aurait combattu en Casamance avant de bénéficier du soutien du colonel Kadhafi et de rejoindre les troupes du Hezbollah au Liban puis celles des soldats libériens et sierra léonais.
Sorious Samara, grand reporter, au Tchad
Ce qui est certain, c’est que le diamant voyage bien dans les aéroports. Il échappe aux contrôles drastiques, et peut permettre de réaliser de phénoménaux bénéfices en raison d’une demande énorme de l’industrie joaillière et horlogère. Acheté à prix producteur, même surfait, il peut générer d’énormes quantités de cash. Un rapport de l’ONU estimait à 75 millions de dollars les bénéfices découlant du commerce des diamants de la guerre en 1999. Or, après le cessez-le-feu conclu en Sierra Leone suite aux accords de Lomé du 7 juillet 1999 qui transformèrent au nom des intérêts de la paix le mouvement rebelle RUF, toujours gardien des installations minières, en interlocuteur politique, le rythme d’exploitation des mines de diamants en Sierra Leone avait fortement augmenté. Comme par hasard !
L’après « Blood Diamonds » ?
Quand l’effet hollywoodien d’une romance dont les facettes historiques sont assez conformes, se sera atténué, il faudra que l’Histoire se penche aussi sur ces pistes. Car c’est un devoir de mémoire nécessaire au regard des souffrances encore vivaces d’un peuple entier, qui pourrait prétendre, s’il bénéficiait directement des fruits du commerce de son sous-sol, à un niveau de richesses par habitant supérieur à celui du Sultanat de Brunei.
Comprendre pourquoi, encore aujourd’hui, deux millions et demi de Sierra Léonais ont été déplacés (la moitié de la population), des dizaines de milliers assassinés, violés, quarante mille amputés à la machette tentent de survivre dans une société où la main, plus encore qu’aux pays des actions ménagères robotisées, est le départ de toute indépendance sociale, de toute vie. Comprendre comment l’amour occidental immodéré pour ce carbone pur, devenu diamant au terme de millions d’années d’une lente transformation physique, continue de faire impunément couler le sang et d’essaimer la désolation en Afrique.
Récemment, le reporter Sorious Samura en remet une couche : non content d’avoir inspiré par son travail le film « Blood Diamond » et d’en avoir été le conseiller technique, il révèle au monde via CNN le 3 mars 2007, par son nouveau documentaire « Blood On A Stone », une effarante réalité : à New York, neuf négociants sur dix sont prêts à acheter des pierres précieuses illégalement importées. La filière des diamants sales a encore de beaux jours devant elle. Il faudrait que naisse chez le consommateur, un sursaut d’éthisme qui entourerait le diamant des mêmes attentions que celles d’un Max Havelaar pour la culture des bananes… On appelle ça le commerce équitable.
TàG Press +41
J. Grandjean
A visiter:
Sorious Samura, grand reporter
Sorious Samura, biographie
Blood Diamond, le film
11 mars 2007
Discours de Bruno Venn, du Comité Exécutif du Club Diplomatique de Genève
Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Mes Chers Collègues Membres du Comité exécutif,
Chers Membres,
Excellences, Mesdames, Messieurs
Par ce geste combien significatif, vous venez d’honorer un Africain en lui permettant d’intégrer le Comité Exécutif du Club Diplomatique de Genève suite à la bienveillante proposition de Maître Denise Wagner, votre Présidente secondé par une formidable équipe qui œuvre malgré leurs charges respectives à faciliter l’intégration de la communauté internationale et à favoriser ses relations avec la communauté et les institutions locales. Je profite de l’occasion pour remercier également, le Président Lamprecht pour son soutien sans faille à mes activités à Genève depuis l’an 2002. De tout cœur, je leur en suis particulièrement gré.
Je voudrais, en mon nom propre, celui de mon épouse, de l’ensemble des membres du Conseil des Entreprises Européennes pour l’Afrique que je dirige et de celui du Sénégal, mon Pays, vous exprimer, à mon tour, notre chaleureuse gratitude pour cette marque éloquente d’estime que je perçois volontiers comme un encouragement à redoubler d’ardeur dans la poursuite obstinée de cette œuvre commune de plaidoyer, de promotion et de consécration de la Genève internationale.
Par cette cooptation au Comité Exécutif, je souhaiterai apporter ma modeste contribution aux chantiers que vous avez initiés en favorisant différents partenariats basés sur des objectifs communs en Afrique, par des engagements réciproques et solidaires et des perceptions partagées sur les questions internationales touchant le continent Africain.
Qu’il me soit permis, ici, de féliciter Maître Denise Wagner, notre Présidente pour le parrainage du Club Diplomatique de Genève à l’occasion de la journée Internationale sur le Togo organisé en juin 2006 à Genève. Il a été l’occasion de prouver le rôle d’interface et de passerelle que pouvait jouer notre Club à Genève. En permettant aux Pays d’Afrique d’avoir une visibilité à Genève en s’exprimant sur les questions internationales, économiques, scientifiques ou culturelles, un des objectifs de notre Club sera atteint.
Madame la Présidente,
Chers Membres,
Laissez-moi réitérer mon engagement déterminé à travailler, de bonne foi, avec toutes les Parties, sans exclusion ni exclusive, à cette réalité incontournable qu’est la Genève Internationale forte de près de 500.000 âmes. Nos destins sont liés de par notre présence à un moment ou un autre dans cette charmante et accueillante ville de Genève. Je ne saurai clore mon propos sans rendre un vibrant hommage à Madame la Présidente pour toutes les actions que vous entreprenez avec courage et sérénité mais aussi, votre esprit d’ouverture qui j’en suis persuadé permettra à l’Afrique d’être encore mieux connue.
Je vous remercie de votre si aimable attention
Bruno Venn

