11 juin 2006

Interview Edem Kodjo, Premier Ministre du Togo : « Peut-être ne parlons-nous pas assez de ce que nous faisons ? »

9521140_pAppelé le 9 juin 2005 par le nouveau Président de la République du Togo pour constituer le gouvernement, Son Excellence Edem Kodjo, Premier Ministre, répond en exclusivité aux questions de « For Leaders ». Clairs et précis, ses messages redonnent confiance… Le Togo reconstruit son image internationale. Travail et abnégation portent des fruits.

Quelle est votre vision pour votre pays ?
- Tout est prioritaire sur mon agenda. Il faut ouvrir tous les chantiers en même temps : lutte contre la pauvreté, amélioration des conditions sanitaires des Togolais, maîtrise de l’eau, travaux d’assainissement, questions de logement, électrification des villages, modernisation et réforme de la justice, mécanisation de l’agriculture, remise en état des pistes et des routes, emploi des jeunes, scolarisation de la jeune fille, VIH, grippe aviaire, réconciliation, retour des réfugiés... Ma vision ? Beaucoup travailler pour moderniser notre pays.

Par le passé, vous avez été Ministre de l’Economie puis des Affaires Etrangères. Quelles différences entre hier et aujourd’hui ?
- Sur un plan strictement africain, tous les pays n’étaient pas encore indépendants, l’apartheid était toujours là, la mondialisation n’existait pas encore, le NEPAD n’était pas né. Le monde lui-même a changé et les rapports économiques aussi. Au Togo aussi, beaucoup de choses ont changé, car nous ne vivons pas en vase clos.

Qu’est-ce qui doit encore changer ?
- Un vaste chantier d’un coût de dix milliards de francs CFA s’est ouvert avec l’appui de l’Union Européenne, pour la modernisation de la justice : réhabilitation et mise aux normes internationales des centres de détention, construction de nouveaux locaux, formation, renforcement des capacités en ressources humaines, mise en place de la chambre administrative, réveil des Institutions jusqu’ici dormantes (comme la Cour Suprême qui tient lieu chez nous de Cour de Cassation), élection et nomination des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature. La justice constitue un des piliers de nos réformes : un pays dont la justice est juste et inspire confiance, attire les investisseurs nationaux et étrangers.

Et sur le plan des libertés fondamentales ?
Marche__Togo_- Sur le plan des libertés fondamentales et des droits de l’Homme, beaucoup d’observateurs avisés témoignent des avancées réelles qu’il y a eu dans notre pays en si peu de temps. Des Institutions comme la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme) et la HAAC (Haute Autorité de l’Audio-visuel et de la Communication) ont vu leurs statuts, leur mandat et leur indépendance renforcés. La nomination par le Chef de l’Etat d’un Inspecteur général des Services doit plus que jamais conduire au respect, par les forces de l’ordre dans leur fonction, des procédures et des libertés publiques.

Disposez-vous d’exemples concrets ?
- Il existe aujourd’hui, un accord entre l’Etat Togolais et le CICR permettant le libre accès aux lieux de détention, sur toute l’étendue du territoire, par des visites régulières. Sur un plan purement socio-économique, je viens de clore le dialogue social qui réunissait pendant plusieurs semaines, les partenaires sociaux Togolais (Patronat Syndicats Gouvernement). Au programme, les textes régissant le monde du travail et l’amélioration des conditions de travail.

Quant à la relance de l’économie ?
- Suite à un séminaire national sur la relance de l’économie (…), les recommandations suivantes de réformes macroéconomiques ont été faites au Gouvernement : maîtrise des recettes fiscales et des dépenses budgétaires, création d’un cadre incitatif pour les investissements, réactivation de l’Inspection Générale d’Etat, démarrage effectif des activités de la Cour des Comptes, création de l’Inspection des Finances, l’institution d’un guichet unique « fisc-douanes ».

Qu’en est-il du de l’emprunt obligatoire ?
- Le succès de cette opération est une indication de la confiance que l’on fait de nouveau à notre pays parce que les souscriptions ont été faites à moitié par des Étrangers de la zone UEMOA et l’autre moitié par des Nationaux. L’objectif de 30 milliards de francs CFA indiqué par le Gouvernement a été largement dépassé, atteignant 41 milliards dont 36 ont été retenus par le gouvernement, en tenant compte de nos capacités de remboursement.

Quelles sont les autres réformes envisagées ?
- Au niveau des politiques sectorielles, nous insisterons sur la libéralisation des prix dans le secteur agricole, la promotion des exportations agricoles, la modernisation de l’agriculture, l’adoption d’une stratégie de financement du secteur agricole, l’institution du Fonds Régional Interprofessionnel de Développement Agricole (FRIDA) et du Fonds National d’Appui aux Institutions Agricoles (FNAIA). En ce qui concerne le secteur Commerce, Industrie, Artisanat, l’essentiel des propositions de réformes porte sur le renforcement des activités de promotion du commerce extérieur, la densification du tissu industriel, surtout des PME/PMI, en vue d’accroître sa contribution à la production et à la création d’emploi dans une logique de croissance économique.

Et l’éducation ?
- Le Gouvernement a réintégré dans la fonction publique à partir de janvier 2006, 8212 enseignants auxiliaires de l’enseignement général et technique ayant accompli au moins cinq années d’ancienneté. Il y a eu aussi le recrutement de 1700 nouveaux enseignants pour répondre à la forte demande de scolarisation, l’ouverture pour la rentrée scolaire 2005-2006 de 13 nouveaux lycées répartis dans les six Directions Régionales.

Village_Togo_LowJ’imagine que la liste est encore longue ?
- D’autres mesures urgentes de relance ont été prises : paiement des arriérés de baux de 2000-2004, évalués à 500 millions de francs, versement régulier des salaires malgré les difficultés financières post-électorales, levée dès janvier 2006 de la suspension de l’effet financier des avancements et des révisions de situation administrative des fonctionnaires. Le Gouvernement a par ailleurs accepté de rattraper un mois d’arriérés de salaires et de pensions pour les fonctionnaires et les retraités d’ici le 31 mars 2006. Il met en place des moyens pour moderniser l’agriculture et passer à une culture mécanisée. Il est important de consolider toutes ces actions afin de les rendre durables. On se doit d’ajouter la bonne gouvernance, la prospection de nouvelles filières, la création d’emplois pour jeunes diplômés, le renforcement des capacités du secteur privé, la modernisation de l’agriculture pour l’autosuffisance, mais aussi l’exportation, le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la réhabilitation des pistes, l’assainissement de la capitale, la mise à disposition de l’eau potable pour les populations.

En quoi votre passé récent de Gouverneur du FMI et de Secrétaire Général de l’OUA est-il utile à la réalisation de vos objectifs pour le pays ?
- Ces fonctions passées me permettent d’avoir un peu plus de recul sur les événements et de savoir compter avec le temps. Ces postes m’ont permis de croiser et rencontrer beaucoup de monde. Des relations se créent, des amitiés se lient. Il vous est donc plus facile de vous faire entendre ou d’attirer l’attention sur votre pays. Je peux donc vous affirmer que c’est très utile.

Quelle injustice d’image pourriez-vous relever dans la perception que le monde se fait du Togo aujourd’hui ?
- Le Togolais peut légitimement avoir un sentiment de frustration quand on pense que malgré la volonté exprimée et tous les efforts qui sont faits en si peu de temps par le Gouvernement, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, on ne trouve pas toujours chez tous les interlocuteurs un écho de tout cela. Peut-être ne parlons-nous pas assez de ce que nous faisons ?

Quel est le USP de la République du Togo, au cœur de la Sous-région ?
- Le sous-sol Togolais ne regorge pas de beaucoup de ressources comme dans certains pays et encore moins de pétrole de façon avérée ; notre première richesse reste les phosphates ; nous avons des soupçons sur d’autres ressources naturelles mais pas en quantité permettant une exploitation à grande échelle. Côté ressources humaines, notre population est jeune, accueillante, travailleuse entreprenante et dynamique. Le coût de la vie est abordable, par rapport à d’autres capitales du Continent. La paix, la sécurité des biens et des personnes sont des atouts qui n’ont pas de prix. Nous ne sommes pas au risque zéro en matière de petite criminalité, mais au Togo, vous pouvez vaquer jour et nuit à vos occupations sans anxiété particulière. Il y a des hôtels de gammes différentes, bien aménagés, avec un service à la hauteur de la qualité de l’accueil.

Ce sont presque des arguments touristiques ?
- Les réseaux bancaire et de téléphone, les voies de communication permettent une réactivité appréciable aussi pour les opérateurs économiques. Le port autonome de Lomé (PAL) qui est l’une du rare port en eau profonde sur le continent est en pleine expansion. Lomé, notre capitale, est une belle ville en bordure de mer, de taille humaine, sans problème de circulation. Le climat est généralement chaud et humide, très agréable toute l’année. Notre position géographique nous place à trois heures de route du Ghana ou du Bénin, à huit heures de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso. En partant de Cotonou, la ville de Lagos n’est pas loin…

Votre pays dispose d’une diversité étonnante de paysages, de panoramas, de richesses culturelles ?
- Les visiteurs sont souvent sous le charme. Vous croisez à Lomé, les ressortissants de tous les pays de la sous-région. Ce sont là autant d’éléments qui peuvent faire du Togo, une destination touristique prisée. ll appartient au secteur touristique de faire connaître ces atouts afin que notre pays soit proposé aux touristes du monde entier.

Votre présence en importante délégation à la journée « Investir au Togo » en marge du troisième « Forum Economique pour l’Afrique », est un signal fort. Qu’attendez-vous de cette manifestation.
- J’attends de ce Forum qu’il conduise comme son nom l’indique (Investir au Togo), les opérateurs économiques à choisir le Togo comme leur porte d’entrée en Afrique de l’Ouest et à profiter des conditions remarquables qu’offre notre pays. Le Togo est un pays encore jeune avec beaucoup d’aventures qui restent à être prospectées.

Pensez-vous que le climat de confiance entre l’Union Européenne et le Togo est en train de s’améliorer ?
- Les contacts que le Chef de l’Etat et le Gouvernement maintiennent avec la Communauté Internationale et les efforts fournis au quotidien pour relever le défi d’une gestion moderne de l’Etat, le dialogue politique qui est actuellement en cours (entre la classe politique et la société civile (au titre l’engagement 1.1 pris avec l’UE, Accord de Cotonou), la récente visite du Commissaire Louis Michel à Lomé, constituent des signaux forts qui petit à petit ramèneront la confiance.

Sur le plan international, la Suisse dispose d’une position-clef, qui plus est au cœur de l’Europe géographique. Quelle est la perception que vous avez de ce pays ?
- La Suisse est un pays aux vertus légendaires! Sa beauté, sa propreté, sa stabilité, son dynamisme économique, son organisation politique, sa structuration décentralisée, sa neutralité, sa puissance financière, la confiance qu’elle inspire dans le monde
entier comme place financière font de ce pays une citadelle respectable et « imprenable ». Les années fastes du Togo lui ont valu l’appellation « Suisse de
l’Afrique ». J’attends que l’on renoue avec le Modèle !

Quel est le message que vous souhaiteriez transmettre aux autorités et aux pouvoirs économiques helvétiques ?
- A part une ou deux organisations non gouvernementales, nous n’avons pas une conscience réelle de la présence de la Suisse dans nos rapports quotidiens avec les représentants de la Communauté Internationale. Notre souhait, c’est que les relations entre le Togo et la Suisse deviennent effectives, que nous puissions bénéficier du savoir-faire des entreprises suisses qui pourraient s’installer chez nous et contribuer au renforcement de nos liens, comme c’était le cas il y a quelques décennies.

Aux Togolais de la diaspora, qu’aimeriez-vous transmettre ?
- Respectez les lois de leur pays d’accueil, profitez de leur séjour pour renforcer leurs connaissances dans leur domaine d’activité et pensez à en faire profiter votre pays d’origine. Les réformes qui sont faites aujourd’hui, le climat de sécurité qui existe, les droits fondamentaux de l’individu et la liberté d’expression qui sont protégées et renforcées, la liberté d’entreprendre, d’aller et venir qui sont garanties, permettent un à ceux d’entre eux qui le désirent, d’installer au Togo, une activité économique génératrice de revenus et d’emplois pour les jeunes Togolais. Ce sera leur contribution à la bataille du développement de leur pays.

Propos recueillis par
Joël A. Grandjean


Posté par tagpress41 à 17:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires sur Interview Edem Kodjo, Premier Ministre du Togo : « Peut-être ne parlons-nous pas assez de ce que nous faisons ? »

    jordan shoes

    And I would be a very…lucky man!

    Posté par jordan shoes, 28 décembre 2010 à 09:31 | | Répondre
  • air jordans

    Rien de surprenant! toutes les actions de la France découlent du racisme: esclavage, colonisation

    Posté par air jordans, 04 janvier 2011 à 03:33 | | Répondre
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